« Wine is bottled poetry »

« Wine is bottled poetry »

 

Quand j’ai commencé le cours de sommellerie à l’ITHQ, la première chose qui m’a frappée, c’est la quantité de qualificatifs que l’on peut donner à un vin. Avec autant de termes pour qualifier les tanins d’un vin, il devient facile de s’y perdre, mais aussi d’y voir une certaine poésie. Des tanins anguleux à soyeux en passant par l’arôme de mercaptan, la poésie du vin m’était donc révélée. J’ai eu envie de vous partager mes coups de cœur du vocabulaire poétique vinicole.

Vocabulaire poétique de l’amateur de vin

Anguleux : âpre, astringent.

Anthocyanes : pigments rouges du raisin. Ils sont produits par la photosynthèse lors de la maturation. Localisés dans la peau des raisins rouges ou gris, ils se diffusent dans le moût pendant la phase de macération, durant la fermentation alcoolique.

Botrytis cinerea : champignon qui se développe sur les grappes de raisin par temps humide. C’est l’agent de la pourriture grise, que l’on retrouve dans tous les fruits. Ce champignon est également responsable de la pourriture noble qui permet la production des grands liquoreux, comme le sauternes, mais uniquement dans des conditions particulières : chaleur, soleil et maturité des raisins.

Caudalie : unité de mesure de la persistance aromatique intense, c’est-à-dire de la longueur en bouche. Une caudalie correspond à une seconde de persistance. La persistance aromatique ou longueur en bouche est un élément déterminant de la qualité et donc de la hiérarchie des vins. – Mon mot vinicole préféré. J’adore compter dans ma tête lors des dégustations en classe : « une caudalie, deux caudalies, trois caudalies… »

Coulant : se dit des tanins souples et agréables. – Avouez que ça vous donne soif! 😉

Éventé : sans bouquet, sans arôme.

Foxé : odeur ou goût de sauvage, de fauve (souvent issu de raisins de vignes américaines).

Gouleyant: frais et léger, agréable à boire.

Larmes : après avoir fait tourner le vin dans son verre, on observe des gouttes transparentes qui descendent lentement sur la paroi – ce sont les larmes. On peut aussi utiliser le terme de jambes – ce qui me fait parfois écrire dans mes fiches de dégustation : « les jambes sont frêles ». Les larmes sont plus abondantes lorsque la concentration en alcool du vin est élevée.

Mâche : un vin qui a de la mâche est un vin qui a du corps, des tanins, qui donne en bouche une telle sensation de richesse qu’on croirait pouvoir le mâcher. – Si vous ne voyez pas de poésie là-dedans, c’est que vous ne la verrez nulle part!

Soyeux : tanins de grande qualité, d’un grain très fin témoignant d’un bon équilibre en bouche.

On pourrait donc dire…

«Ce vin voilé aux arômes foxés et possédant des tanins soyeux a de jolies larmes frêles et est en bouche un nectar gouleyant de six caudalies.»

 

Pas surprenant que le vin ait inspiré plus d’un poète, comme en témoigne ce poème de Charles Baudelaire :

 

L’âme du vin

Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles :

« Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,

Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,

Un chant plein de lumière et de fraternité!

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,

De peine, de sueur et de soleil cuisant

Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme;

Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j’éprouve une joie immense quand je tombe

Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,

Et sa chaude poitrine est une douce tombe

Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches

Et l’espoir qui gazouille en mon sein palpitant?

Les coudes sur la table et retroussant tes manches,

Tu me glorifieras et tu seras content;

J’allumerai les yeux de ta femme ravie;

À ton fils je rendrai sa force et ses couleurs

Et serai pour ce frêle athlète de la vie

L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,

Grain précieux jeté par l’éternel Semeur,

Pour que de notre amour naisse la poésie

Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur! »

 

Le vin a aussi incité une œnologue française à user de lyrisme dans une soirée performance alliant dégustation de vin et poésie de manière assez… unique.

« Du vin à déguster jusqu’aux oreilles »:

Je serais très curieuse d’avoir vos réactions sur ce lexique poétique.

 

Alors, le vin est-il pour vous synonyme de poésie? De toute façon, ce qui compte, c’est de savoir si c’est bon en arrière de la cravate!

 

– Votre apprentie sommelière

[Notez que je publierai sous peu un billet sur la dégustation de vin pour les nuls. Vous pourrez ainsi connaître les termes les plus utilisés lors des dégustations de pro.]

 

7 Comments

  • paco

    5 avril 2013 at 21 h 02 min Répondre

    bravo marie! j adoooore! tres pertinent, amusant et sympa! j ai hate a la suite et longue vie a ton blogue!!!
    paco xx

    • Marie-Hélène

      5 avril 2013 at 21 h 26 min Répondre

      Merci mon amie! 🙂

  • Hélène Dion

    6 avril 2013 at 13 h 11 min Répondre

    Salut Marie-Hélène!

    J’aime ton approche! Pour moi, si le vin comporte une dimension très « technique » (un nul ne fait pas de vin, enfin… pas de bon vin;) il reste que c’est un liquide très complexe…

    On remarque que le vocabulaire n’a pas les mêmes significations d’une école à l’autre… facile de s’y perdre 😉

    L’ultime, pour moi, c’est de connaître les gens qui font le vin, de créer des liens humains, de connaître l’histoire derrière… et à chaque fois que le « regoûte » leurs vins, on revit en quelque sorte de merveilleux moments passés avec eux, des discussions enflammées, des rires contagieux … de savoir qu’un vin sent la cerise plutôt que la griotte m’importe peu 😉

    • Marie-Hélène

      6 avril 2013 at 15 h 35 min Répondre

      Bien d »accord avec toi!

  • Martin

    6 avril 2013 at 14 h 38 min Répondre

    Comme c’est beau tout ses grands mots plein d’optimisme. Comme c’est grand le vin! Pour y évoluer depuis l’âge tendre de 5 ans et en avoir fait ma vie, je peux t’assurer que sur le marché du vin dans lequel tu vois présentement toute cette poésie des mots et des grandes idées de celle-ci ne te servira guère. Le vin est un marché dans lequel tout est possible, j’adore l’émerveillement des jeunes recrues comme toi face au divin nectar de bacchus, c’est frais, c’est quasi naïf. Mais il nevfaut pas tomber dans le panneau des grandes envolées car quand tu sera en service dans un restaurant, les clients veulent savoir une chose, est-ce que c’est bon! J’ai lu ton intro sur ta théorie, ou ta mention de l’anti-snobisme, j’y adère depuis mes tout débuts, si tu écris les vins en poésie dans notre monde moderne tu feras partie intégrale du monde snob de la sommellerie. Plus de 25 d’experience, d’enseignement et d’études me l’ont démontrés, le vin est un produits de consommation qu’une certaine élite c’est approprié. Ne tombe pas dans le panneau de l’ostentoire et du lyrisme car c’est justement pour cette raison que beacoup de gens n’aiment pas notre race: Les sommeliers. Pour les parents et amis c’est beau, pour les clients c’est ….. Chiant!

    Ceci dit je vais suivre ton évolution à travers ton blogue, j’ai bien hâte à tes prochains billets.

    M.

  • Vanessa Girard

    24 avril 2013 at 19 h 10 min Répondre

    Oh, moi, du haut de mes deux cours d’initiation aux vins de la SAQ, je vous adore, les sommeliers! Parlez-moi de votre cave avec des étoiles dans les yeux! 🙂

    • Marie-Hélène

      24 avril 2013 at 20 h 17 min Répondre

      Je suis contente que tu apprécies. Je ne me considère pas encore sommelière, je débute une longue formation (parce que j’ai décidé de suivre plusieurs cours différents, à l’ITHQ et le cours WSET). Bref, nous pouvons en masse discuter vin peu importe les cours suivis. 😉

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